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Le 25
février 2013
Avril du livre d’art funeste au musée du Louvre
La grande librairie d’art, créée en 1989 par la Réunion
des musées nationaux, dans les nouveaux
espaces inaugurés cette même année sous la pyramide du musée du Louvre, et directement
accessible à partir des espaces d’accueil du public, ne sera plus la même à compter du mois d’avril
2013.
A la recherche d’un d
éveloppement de son chiffre d’affaires et d’une plus grande rentabilité de ses
activités commerciales, la Réunion des musées nationaux, en accord étroit avec la direction du
musée du Louvre (qui en perçoit une redevance annuelle), a pris la décision de réi
mplanter la librairie
spécialisée en histoire de l’art au premier étage de ses espaces commerciaux. A la place, c’est toute
l’offre de «
produits dérivés
» (bijoux, cadeaux et moulages) qui se redéveloppera au rez
de
chaussée
du magasin
en prise directe
avec le flux des visiteurs. Les dirigeants de la RMN ont prévu que cette
nouvelle organisation allait permettre de stimuler les ventes des produits dérivés (dont les marges
sont beaucoup plus élevées que celles du livre), tout en maintenant l’activité libr
airie à son niveau
actuel.
Outre le fait que l’on peut légitimement s’interroger sur la plus
value culturelle d’un mug, d’un T
shirt ou d’un produit de papeterie reproduisant une des «
icônes
» du musée, la migration du livre au
premier étage ne sera pas s
ans conséquence. Sans compter qu’il n’est pas certain que le
développement attendu des ventes des produits dérivés parvienne à rentabiliser rapidement
l’ensemble des frais engagés
: études préalables, coût de la double réimplantation et pertes
d’exploitati
on d’avril à juillet 2013, dues au déménagement proprement dit.
Depuis bientôt un quart de siècle, la librairie du musée du Louvre était devenue une librairie d’art
réputée, voire enviée, la plus importante certainement en Europe, grâce à une offre mêlant
ouvrages
de vulgarisation et ouvrages d’érudition sur toute la période de l’histoire de l’art, allant des origines
des civilisations jusqu’au XIXè siècle. Dès le début de son existence, la librairie a également proposé,
ce qui est unique à Paris et certain
ement en France, l’actualité des expositions, tant en France qu’à
l’étranger, à travers l’offre la plus large qui soit des publications correspondantes. Si une part non
négligeable des achats est effectuée par un public professionnel (conservateurs et docu
mentalistes,
enseignants et étudiants en histoire de l’art) et d’amateurs avertis, il n’en reste pas moins que sa
situation, au rez
de
chaussée du magasin, permettait à la librairie d’attirer un public très large, grâce
au flux des visiteurs (8.000.000, se
lon le musée du Louvre) et de réaliser, grâce à cette proximité, et
par un phénomène d’achat d’impulsion, la part la plus importante de son chiffre d’affaires.
Considérant que sa situation au premier étage du magasin formait le principal handicap au
dévelo
ppement des ventes de ses produits dérivés
d’où la décision d’y remédier par un
redéploiement au rez
de
chaussée
on ne voit pas par quel miracle commercial la librairie
échapperait à son tour à cette même «
malédiction
», en se retrouvant implantée au
premier étage.
Qui plus est, la surface disponible étant inférieure au premier étage du magasin, le nombre de tables
s’en trouvera significativement réduit et par là même le nombre de titres susceptibles d’être mis en
avant, ce qui est essentiel dans une l
ibrairie en général mais plus encore dans une librairie spécialisée
en livres «
illustrés
».








Cette mauvaise manière faite à l’encontre de la librairie du musée du Louvre constitue un coup dur
pour le livre en général et le livre d’art en particulier, dans
un contexte difficile pour l’édition et la
librairie. La librairie du Louvre offrait jusqu’à présent une formidable vitrine et un débouché non
négligeable pour nombre d’éditeurs d’art spécialisés. C’est un terrible signal pour ce secteur
éditorial, déjà fr
agilisé, dont les coûts de conception et d’impression sont les plus élevés et les
retours sur investissement, les plus longs.
La RMN, qui s’est longtemps enorgueillie d’être un «
passeur
» de culture, et le service du ministère
de la Culture, qui exerce la
tutelle sur cet opérateur de l’Etat, seraient bien avisés de surseoir à ce
gâchis annoncé.
Premiers signataires
:
Jean
Loup Champion (Responsable des livres d’art, Gallimard),
Gilles Fage
(Fage Editions),
Karima Gamgit (Directrice générale Volume/Loglibr
is),
Alain de Gourcuff ( Gourcuff
Gradenigo), Michel Guillemot (Nouvelles éditions Scala),
Liana Levi,
Marc Perelman (éditeur et
enseignant), Marc Plocki (CDE),
Gilles Haeri (
Directeur Général des Editions Flammarion
),
Colette
Olive (Verdier),
Sophy Thomps
on (
Directrice du Département Livres illustrés
, Flammarion
)