Un tableau moche ? Oui, mais par une femme ! Alors ça va...

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Le Rijksmuseum a acquis d’autres œuvres à la TEFAF dont nous parlerons ultérieurement, mais la seule pour laquelle il s’est fendu d’un communiqué triomphal est le Portrait de Moses Ter Borch à l’âge de deux ans par Gesina ter Borch (ill. 1), vendu par la galerie Zebregs&Röell Fine Arts.


1. Gesina ter Borch (1631-1690)
Portrait de Moses ter Borch à l’âge de deux ans, vers 1667
Huile sur toile - 56 x 45 cm
Amsterdam, Rijksmuseum
Photo : Zebregs&Röell
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Certains prendront sans doute comme prétexte que ce musée conserve depuis 1887 l’essentiel de l’œuvre connu de cette artiste, constitué essentiellement d’aquarelles et resté dans la famille. Mais un simple coup d’œil à celui-ci achèvera de convaincre que Gesina ter Borch est décidément assez peu douée.
On peine à croire donc que cette acquisition serait due à des raisons esthétiques : la « seule peinture signée de Gesina ter Borch » comme la qualifie le texte est en effet - et ce n’est pas une question de goûts ou de couleurs - une aimable croûte qu’aucun musée de la classe du Rijksmuseum n’aurait considérée si elle avait été peinte par un homme.
Admettons néanmoins que l’œuvre puisse intéresser le musée néerlandais pour venir compléter son fonds, mais à un prix raisonnable. Or le site Artnet nous apprend qu’elle a été payée... 3 millions d’euros ! Un chiffre totalement fou qui prouve une nouvelle fois que la beauté ou l’importance d’une peinture importe peu si celle-ci est due à une femme.


2. Giovanna Garzoni (1600-1670)
Portrait d’une pomme
Tempera sur vélin - 33,7 x 22,5 cm
Rob Smeets Gallery
Photo : Rob Smeets Gallery
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Répétons-le : acheter un tableau sous cet unique prétexte est un très mauvais service à rendre à la cause féministe, en faisant croire qu’une femme peintre ne pourrait pas mieux faire. Car la foire était remplie d’œuvres de grande qualité par des artistes féminins, à commencer par la Pomme de Giovanna Garzoni chez Paul Smeets (ill. 2) que nous avons déjà citée, le Diana di Rosa chez le même Paul Smeets ou encore Judith et la tête d’Holopherne par Elisabetta Sirani chez Porcini.
Autant d’occasions pour le musée néerlandais de dépenser à bon escient l’argent de son « Women of the Rijksmuseum’ Fund ». Mais ils ont donc préféré cette toile dont le principal intérêt est de prouver que Gesina ter Borch n’avait pas réalisé que des aquarelles médiocres, mais aussi au moins une peinture.

L’an dernier, la National Gallery de Washington, un musée également en première ligne pour l’acquisition d’œuvres de femmes, avait acheté un autre portrait de Moses, peint par Gerard ter Borch avec, hypothétiquement, l’aide de Gesina (voir la brève du 8/4/23). La comparaison des deux tableaux laisse peu de doutes sur la participation au mieux minime de celle-ci à ce dernier.

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